Le
cinéma a changé, son approche historique a également évolué. Peut-on aujourd'hui écrire une Histoire globale du cinéma, à l'enseigne des Pères
fondateurs, Georges Sadoul, Jean Mitry, voire Bardèche et Brasillach, hors tout
clivage idéologique? La réponse, le plus souvent, est négative, issue des
rangs mêmes des historiens du cinéma dont le champ d' investigation s'est
considérablement élargi. L'Histoire du patrimoine cinématographique étant
parallèle à l'Histoire du cinéma, peut-on aujourd'hui écrire Une
histoire des Cinémathèques, ou plutôt du patrimoine cinématographique français?
La question reste posée.
L'Histoire
de ce patrimoine, il est vrai, épouse les fractures de l'Histoire du cinéma,
à commencer par la plus importante d'entre elles, le passage du muet au
parlant.
S'approcher
de l'Histoire de ce patrimoine, c'est un peu comme ouvrir la boîte de Pandore,
on risque fort d' y découvrir, malgré tout, toute, ou partie de l'Histoire du
cinéma. Et si tenter cette Histoire ne peut s' effectuer qu'avec humilité, tâtonnements,
respect de l'écrit et des acteurs de la période étudiée, si elle ne peut s'
entreprendre qu'avec un nécessaire sens critique, et si la seule certitude,
finalement, est que l'on n'est jamais sur de rien, au moins est-il aussi
important de mettre en place ce que j'appellerai une "syntaxe
temporelle", à savoir mettre l'accent sur des périodes charnières de
cette Histoire, et en particulier de la Cinémathèque française. Elle permet
d'éviter toute libéralité rédactionnelle et de retrouver le plan de
l'ouvrage.
Cet
ouvrage se compose de trois parties. La première, de 1898 à 1940, retrace la
naissance de cette idée de conservation, les échecs successifs de sa mise en
application et ce durant tout le premier tiers du XX°, pour aboutir à la création
de la Cinémathèque française et ses débuts, jusqu'à la période de
l'Occupation.
La
seconde partie, de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale et de
l'Occupation à "l'Affaire Langlois", en 1968, est toute entière
consacrée à la Cinémathèque française. Mais de préférence à une Histoire
au jour le jour, à une Histoire événementielle, nous avons préféré mettre
l'accent sur les moments clés de cette période, révélateurs du
fonctionnement de cette institution, de répertorier les critiques formulées à
son encontre, quelles soient internes ou externes, de définir le rôle de l'Etat,
pour arriver à leur conséquence, "l'Affaire Langlois", prélude à
la crise de mai 1968.
La
troisième et dernière partie, de "l'Affaire" donc à nos jours, nous
permet de citer les autres organismes de conservation, la Cinémathèque de
Toulouse, le Service des Archives du Films de Bois d' Arcy, la Cinémathèque
Universitaire et l'Institut Lumière, à Lyon, dont la création est,
quelquefois, la conséquence des carences de la Cinémathèque française,
conservation stricto sinsu avec Bois d' Arcy, rayonnement provincial avec
Toulouse, activité à caractère pédagogique avec la Cinémathèque
Universitaire. Elle nous permet aussi d' affirmer qu'avec le décès d' Henri
Langlois, en 1977, la Cinémathèque française ne fut plus tout à fait la même,
et pour cause , et qu'elle s'efforce, depuis, d'entrer dans une forme de
modernité.